Essmaa … chronique

ESSMAA Chronique dans Station SErvice Strasbourg

ESSMAA veut dire écouter en arabe. Titre pour le moins évident dans le cadre de cette compilation, matérialisation auditive du projet imaginé par le label Tsuku Boshi dans le cadre du partenariat avec le festival FEST de Carthage. Délocalisation d’un support sonore existant (enregistrements d’Aymeric de Tapol à Tunis et Carthage en décembre 2009). Décor sonore artificiel, jeu de miroir déformant.. Immersion dans les sonorités locales, trouble de la diffusion ou de la compréhension des brides musicales et des sonorités quotidiennes, les musiciens invités créent un espace en suspension, leur espace d’interprétation. Plus vraiment « ici » (le lieu d’enregistrement, le lieu de vie des auditeurs auxquels ce disque sera offert), mais certainement pas « là-bas » (le lieu de composition des musiciens). Une intrusion externe pour une relecture du quotidien. Une prise de conscience de l’environnement sonore immédiat , de son atmosphère et de son impact.. Et au-delà de cela, un éventail de découvertes musicales par la sélection des artistes proposées. Car le tracklisting attire forcément la curiosité. Et elle n’est pas déçue par ces trente morceaux iconoclastes, constitués de bric et de broc électronique, d’artisants synthétiques et d’artistes de référence (Scanner, Leafcutter John, Dj Olive, O Lamm ), de sonorités à la fois familières et dépaysantes. Dans ces home-studio pop-modernes, ordinateurs, instruments et périphériques divers côtoient les objets de la vie quotidienne, les enregistrements qui en résultent apparaissant comme des journaux intimes, typiques d’un parcours de vie à la fois personnel dans l’interprétation et universel dans les sensations. Double album de pop folk electro ambient noise entre Nantes et Miami, Bruxelles et Londres, Los Angeles et Paris. On y trouve des pop songs de poche, des effets dub de très bonne facture (Discipline,Felicia Atkinson) des effluves mélodiques d’un ambient nostaligue (Yannik Frank, I8U), des refrains dubstep (Dj Elephant Power) qui restent en tête. La dérision est parfois de mise ( Hypo, Dj Sun Papa) ou la confrontation de genres (Dino Felipe, EDH, Nicolas Berbier). Certains morceaux plus intimistes ou expérimentaux (comme Sebastien Roux, Paradise Now, Sutkeh, Lodz, Rainier Lericolais, Mokuhen, Alexander Rishaug ou Mathias Delplanque) sont particulièrement réussis. Dans une logique nomade, les musiciens se baladent parmi les interstices de l’underground ou du souk, sollicitant quelques appels à la prière ou quelques amis pour donner corps à leur « vision arabique ». Les approches sont différentes, les exploitations et interprétation également. Loin d’écorner son identité, cette approche tout azimut offre à cette compilation une cure de jouvence salutaire chatouillant et vrillant l’oreille avec une constante relecture sans répétitions.

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